Tokyo – La Corée du Nord a tiré, samedi 14 mars, une dizaine de missiles balistiques en direction de la mer du Japon, a confirmé l’état-major interarmées de la Corée du Sud. Selon Séoul, les projectiles ont été lancés depuis la région côtière orientale du pays et sont retombés en mer. Le ministère japonais de la Défense a précisé que les missiles étaient tombés en dehors de la zone économique exclusive du Japon.

Ces tirs interviennent au moment où la Corée du Sud et les États-Unis entament leurs exercices militaires annuels, baptisés « Freedom Shield ». L’armée sud-coréenne a déclaré que cet essai était « une démonstration de force claire et une provocation délibérée ».

« Kim Jong Un a supervisé samedi un essai qui a mobilisé 12 lance-roquettes multiples de haute précision de calibre 600 mm et deux compagnies d’artillerie », a rapporté l’agence officielle nord-coréenne KCNA.

Pyongyang a également procédé, dans la foulée, à un exercice avec son nouveau système de lance-roquettes multiples de 600 mm, selon des informations publiées dimanche. Ces démonstrations de capacités militaires surviennent alors que les espoirs de reprise du dialogue diplomatique entre la Corée du Nord et le Japon, comme avec d’autres pays, semblent s’éloigner.

Un lourd héritage historique

Les relations entre le Japon et la Corée du Nord sont marquées par un passé douloureux et demeurent, à ce jour, non normalisées. Contrairement à la Corée du Sud, avec laquelle Tokyo a rétabli des relations diplomatiques en 1965 et les a relancées en 2023, le Japon et la Corée du Nord n’ont jamais établi de liens diplomatiques officiels.

Cette absence de relations s’enracine dans l’histoire coloniale. L’empire du Japon a exercé un contrôle sur la péninsule coréenne de 1910 à 1945. Cette période, ainsi que la signature forcée de traités inégaux comme le Protocole coréano-japonais de 1904, pèsent encore lourdement sur les mémoires et les positions politiques.

« Malgré tout, Japon et Corée du Nord n’ont toujours pas de relations diplomatiques, alors que celles avec la Corée du Sud ont été établies », rappelle un analyste cité dans les archives. Les tentatives de normalisation, engagées depuis le début des années 1990, n’ont jamais abouti, bloquées par des contentieux historiques et des questions de sécurité.

Réactions régionales et implications

Le gouvernement japonais a condamné ces tirs, les qualifiant de « menace grave et directe pour la paix et la sécurité de la région ». Tokyo a convoqué l’ambassadeur nord-coréen (via la mission nord-coréenne aux Nations unies) pour protester officiellement.

Pour les observateurs, ces essais de missiles servent un double objectif pour Pyongyang : tester et montrer ses capacités militaires avancées, et répondre aux exercices conjoints américano-sud-coréens qu’il perçoit comme une menace. Ils rappellent également à ses voisins, et particulièrement au Japon, que la Corée du Nord reste un acteur militaire incontournable dans la région, avec lequel aucun canal diplomatique stable n’existe.

La communauté internationale, par la voix du Conseil de sécurité des Nations unies, devrait se réunir dans les prochains jours pour discuter d’une réponse éventuelle. Ces événements risquent de refroidir encore un peu plus les perspectives déjà ténues d’une reprise des pourparlers sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne.

Contexte historique en bref

  • 1876 : Traité de Kanghoa – La Corée établit des relations diplomatiques et consulaires avec le Japon.
  • 1904 : Protocole coréano-japonais – Accord imposé par le Japon pour « moderniser » la Corée.
  • 1910-1945 : Période de domination coloniale japonaise sur la Corée.
  • Depuis 1948 : Le Japon entretient des relations avec la Corée du Sud, mais jamais avec la Corée du Nord.
  • Années 1990 à aujourd’hui : Tentatives infructueuses de normalisation des relations entre Tokyo et Pyongyang.

Alors que la tension monte d’un cran en mer du Japon, la balle est désormais dans le camp des chancelleries. La question est de savoir si cet incident va simplement s’ajouter à la longue liste des provocations, ou s’il pourrait, paradoxalement, relancer une dynamique diplomatique pour désamorcer l’une des crises les plus anciennes et complexes d’Asie du Nord-Est.